Axes d'étude

Dans le cadre de cette proposition de programme de recherche, nous retenons trois axes d’analyse des dynamiques transnationales et de leur impact en matière de reconfiguration territoriale. Chacun de ces axes donnera lieu à des analyses croisées dans les deux environnements régionaux. Un premier axe de réflexion sera constitué par l’analyse des investissements et des aménagements transnationaux dans les grands ensembles régionaux. Un second axe de travail cherchera à mettre en lumière les formes d’émergence et les modalités d’inscription de dynamiques transnationales issues des mobilités humaines, que ces dernières s’inscrivent dans des temporalités longues (migrations internationales) ou plus courtes (circulations professionnelles, mobilités touristiques, retours migratoires, etc.). Un troisième axe de travail, complémentaire des deux précédents, portera sur l’analyse de la portée intégrative des dynamiques en présence, sur l’impact des modèles précédemment identifiés sur les dynamiques de différenciation territoriale aux échelles supra et infra-nationale, de même que sur la capacité des formes observées à intégrer les populations locales et les problématiques spécifiques du développement.

Axe 1 : Grands ensembles régionaux, investissements et aménagements transnationaux

Comme dans l’ensemble des pays du sud, les aires étudiées font l’objet de restructurations institutionnelles, économiques et de démarches de planification spatiale dont les objectifs, les méthodes et les pratiques sont élaborées au sein des grands organismes internationaux par des experts qui produisent depuis trois ou quatre décennies les modèles de l’organisation transnationale du monde : régionalisation du monde sous la forme d’espaces de libre-échange, de marché communs ou de « communautés de nations », planification de corridors de développement et mise en place de multiples organisations régionales à géométrie variable dont l’agenda s’ordonne d’un continent à l’autre selon les mêmes priorités : transports, commerce, infrastructures énergétiques, tourisme, environnement et développement durable.

Si le nouveau paradigme du « régionalisme ouvert » a fait l’objet de très nombreuses études pluridisciplinaires, marquées pour un grand nombre d’entre elles par leur caractère macro-économique, institutionnel ou encore géopolitique, les effets de la planification des grandes infrastructures transnationales sont encore largement à étudier, en raison de leur conception assez récente et d’une réalisation fragmentaire. Selon les planificateurs des Nations Unies, les corridors transnationaux constituent le nouvel espace géographique où se déploient les stratégies urbaines de développement et de concurrence1. Il ne s’agit pas seulement de relier les villes entre elles par des axes de communication plus performants, à créer ou améliorer, mais de développer un nouveau type d’espace multipolaire et transnational, articulant entre elles des régions urbaines existantes et des régions émergentes. Ceci ne concerne pas les mégapoles mais devrait créer de nouvelles externalités à saisir pour de nombreuses villes grandes et moyennes, notamment dans les régions intérieures et frontalières ou les marges pionnières. Ce discours marginalise l’État dont la capacité d’initiative, de financement et de management des grands projets structurants d’aménagement et de développement est considérée comme insuffisante, voire inadaptée aux nouveau dimensionnement continental de l’économie mondialisée.

Il s’agit donc dans le cadre de cette recherche d’étudier ce chantier territorial majeur, de mettre en évidence et comparer les recompositions qui accompagnent ces processus de transnationalisation. Ce projet devra permettre de porter au même niveau d’approfondissement les résultats obtenus dans les deux aires étudiées à partir d’une grille d’analyse commune des acteurs, des processus et des types de territoires produits. Les modèles de développement axiaux (corridors de développement) et transfrontaliers concernent dans les deux aires choisies des espaces présentant à la fois des structures continentales, insulaires et maritimes aux dynamiques fortement imbriquées. Dans la Région du Grand Mékong, dans le sud du Mexique et sur la façade pacifique de l’Amérique centrale, l’aménagement des corridors de développement signifie désenclavement, ouverture de nouvelles régions aux échanges et aux investissements, créations de nouvelles centralités au profit des villes régionales. Les effets de façade, l’organisation des routes maritimes et des flux touristiques constituent des problématiques communes à l’Asie du sud-est insulaire (aire transnationale du détroit de Malacca rassemblant les parties péninsulaires de la Malaisie et de la Thaïlande, Singapour et Sumatra (Indonésie) et à l’isthme centraméricain (mise en concurrence des voies interocéaniques depuis l’isthme de Tehuantepec au Mexique jusqu’au canal de Panama, corridor touristique de la façade caraïbe). Les ports jouent un rôle majeur dans des systèmes d’interactions spatiales entre intérieur et littoral, entre rives opposées des détroits, entre espaces insulaires. Aux flux maritimes internationaux se conjuguent ainsi les activités de ce qu’il faut considérer comme des espaces maritimes intérieurs, des Méditerranées.

Dans chacun de ces grands ensembles, les zones concernées sont majoritairement en marge des régions-cœurs des États de rattachement, ce qui pose en termes spécifiques l’évaluation des impacts des politiques d’aménagement spatial et d’investissement. Des régions transfrontalières s’organisent, des autonomies se dessinent ou sont acquises, avec ou contre le pouvoir central. Comment les populations reçoivent-elles ces projets ? Comment peuvent-elles en bénéficier dans des contextes parfois marquées par la grande pauvreté ? Comment s’organisent alors les relations avec un pouvoir central distant, voire peu présent, lui-même dépendant des injonctions normatives et financières des grands investisseurs (firmes multinationales, Banques de développement régional) ? Comment interviennent dans ce système complexe d’acteurs les puissances régionales impliquées directement dans les projets (Mexique) ou voisines (Chine). La réponse sera nécessairement différente selon l’intensité du dynamisme économique, les formes de gouvernement central et local, le rôle des États dans cette ingénierie complexe du développement libéral, le degré de mobilisation des habitants à travers des ONG considérées comme les interlocuteurs des planificateurs transnationaux.

L’ouverture économique, la mise en œuvre des corridors de développement s’appuient sur un ensemble de discours, de stratégies économiques et géopolitiques, d’initiatives et de pratiques croisées émanant d’acteurs multiples transnationaux (Commissions des Nations Unies, Banques et institutions régionales, groupes d’investisseurs), étatiques (gouvernements, universités, syndicats et associations d’envergure nationale…) locaux (communautés paysannes/indiennes, villes, associations locales régionales). L’impact sur les territoires, sélectif et inégal, se traduit par de nouvelles inégalités, de nouveaux gradients dont l’évaluation est un objectif majeur. Loin de constituer un espace transnational intégré, c’est à nouveau une mosaïque territoriale qui semble se dessiner depuis deux décennies au sein de laquelle existe en effet des espaces totalement assujettis et définis par le transnationalisme, comme par exemple la région transocéanique du canal de Panama.

Axe 2 : Mobilités humaines, réseaux et dispositifs transnationaux

Les deux régions d’étude sont marquées par des flux significatifs de population. On insistera ici sur la complexité des logiques de mobilité en soulignant plusieurs paramètres. En premier lieu, la coexistence de flux intra-régionaux, organisés autour de polarités constituées par des espaces de travail (la Malaisie pour l’Asie du Sud-Est insulaire, le Costa Rica pour l’Amérique centrale…) ou de tourisme (Singapour et Bangkok, la façade maritime caribéenne…) et de flux extra-régionaux, avec des polarisations largement organisées par les espaces de recrutement migratoire en voie de mondialisation (les États-Unis, le Japon, l’Europe ou les pays du Golfe…). En second lieu, l’existence dans ces régions de flux d’intensité et d’orientation diverses selon qu’ils relèvent de la recherche d’opportunités économiques (migrations internationales de travail) ou de pratiques temporaires liées soit aux loisirs (tourisme international) soit aux modalités de l’activité professionnelle (voyages d’affaire, circulation des commerçants).

De façon générale, la multiplicité des formes migratoires signalées ici se manifeste par une intensification des logiques de circulation et d'échange entre les pôles des espaces du déplacement. C'est ici de mobilité autant que de migration dont il est question, et celle-ci ne se limite pas aux seuls individus que recouvre l'image la plus traditionnelle du migrant, à savoir des hommes jeunes à la recherche d'une intégration sur le marché du travail de tel ou tel pays. Elle concerne tout autant les familles et les proches de ces individus, de même que l'ensemble des familles des membres installés depuis longtemps à l'étranger et qui, dans le désir de maintenir des liens avec leurs régions d'origine, vont et viennent entre deux ou plusieurs lieux d'installation. Dans le même temps, on sait que la circulation des individus ne constitue qu'une dimension de la mise en relation des lieux par le fait migratoire : les transferts de biens, de capitaux, d'idées ou de pratiques accompagnent ou prolongent ces mobilités et fonctionnent comme autant de vecteurs d'échange et d'interaction sociale et économique entre les groupes constitués à l'étranger et les communautés d'origine. L'ensemble des flux, de même que les infrastructures qu'ils génèrent et entretiennent, contribuent à la structuration progressive de champs migratoires significatifs et dynamiques, où des pratiques individuelles s'agrègent pour donner lieu à de véritables dynamiques de transformation des sociétés et des territoires qu'elles affectent.

Du point de vue des logiques territoriales, les formes de va et vient, de renouvellement des mouvements et d'investissement dans différents lieux placent les migrants dans des situations de multipolarité des espaces de vie. De même, l'organisation de ces mouvements au-delà de différents types de découpages spatiaux et au travers de plusieurs types de frontières implique une remise en question des entités territoriales communément considérées. Et cela aussi bien au sens des territoires de fonctionnement institutionnel et politique qu'au sens des espaces de vie et des territoires d'identification. Enfin, les logiques de réorganisation du travail à l'échelle mondiale continuent de produire des différentiels spatiaux dont les logiques migratoires sont le plus souvent les reflets directs. Dans un contexte général marqué à la fois par une plus grande fluidité des échanges et la persistance de contraintes politiques ou géographiques au déplacement, la question du rapport dynamique entre circulation migratoire et transformation du rapport aux lieux apparaît particulièrement intéressante.

Alors que les impacts de cet ensemble de mobilités sont incontestablement nombreux, l’analyse donnera ici une importance à la manière dont les ressources transnationales issues des mobilités sont perceptibles aux échelles locales, dans la situation des régions de départ des migrations (mais aussi dans la situation des lieux de concentration des mobilités, par exemple touristiques). De nombreux travaux ont signalé en quoi les migrations internationales donnaient aujourd’hui lieu à des formes transnationales d’insertion des groupes dans des réseaux fortement structurés, donnant naissance à des actions conduites depuis l’étranger ou s’organisant à partir des retours dans les régions d’origine, mettant en relation espace de départ, parcours de la migration et lieux d’installation à l’étranger. Le jeu des migrants comme acteurs du développement dans leurs régions d’origine, essentiellement à partir de l’importance des transferts migratoires qu’ils y opèrent, se décline selon des modalités qui illustrent les processus que nous cherchons collectivement à analyser. Les formes d’intervention, multiples et évolutives, sont toujours articulées avec les contextes nationaux et internationaux qui leur donnent naissance. Les formes de projet de développement mis en oeuvre, les choix stratégiques opérés, les négociations conduites avec les pouvoirs locaux (institutionnels et traditionnels) témoignent de logiques d’acteurs complexes, où le rôle et la position de ces agents ont des conséquences qui ne sont pas négligeables en termes de modalités d’intervention sur les territoires. Leur action est marquée de façon profonde par au moins trois paramètres : le contexte d’action (à distance), les référents mobilisés (ceux de l’environnent d’accueil le plus souvent, notamment du point de vue des modes d’action, de concertation, d’expertise…) et le regard particulier porté sur le lieu d’origine (mélange de priorités objectives et d’actions plus symboliques ou démonstratives). Dans ce sens, il y a effectivement lieu de parler d’un « acteur transnational », dans le sens où, en plus de la mobilité des individus et des transferts monétaires, c’est aussi le va-et-vient des influences qui est à l’œuvre. L'accroissement global des échanges, l'urbanisation et la mise en relation graduelle des lieux et les effets des différents progrès technologiques, notamment de communication, invitent à considérer sous un autre angle les rapports entre faits de mobilité, dynamiques communautaires et transformation locale. Nous nous intéresserons ici à une série d'évolutions majeures liées aux faits de mobilité, dont il conviendra de prendre la mesure précise pour chacun des environnements régionaux.

Enfin, au-delà même des échelles spatiales, les formes migratoires observables dans les deux régions présentent la constante particularité de mettre en relation des environnements différenciés, entre groupes et individus aux statuts différents, entre milieu urbain et milieu rural, entre régions développées et régions en crise, entre cœur et périphérie des territoires, etc… Les dispositifs que ces circulations produisent s’appuient sur des réseaux de différents types, plus ou moins formels, plus ou moins organisés, mais qui présentent la particularité d’articuler sur des espaces distants un jeu des acteurs en interaction avec des environnements différenciés. Dans ce sens, c’est aussi la transgressivité des processus de mobilité/migration vis-à-vis d’un certain nombre de constructions, territoriales mais aussi normatives et relevant des catégories d’analyse qui constitue l’un des enjeux de l’étude.

Axe 3 : Urbanisation, marges et requalification des territoires

Un troisième axe de travail portera sur l’impact des modèles précédemment identifiés sur les dynamiques de différenciation territoriale en axant notre analyse sur les espaces urbains et les marges frontalières. L’originalité de ces espaces transnationaux est de mettre en relation des zones centrales, dominées par les grandes métropoles, et des espaces de marge. Ainsi, dans le cadre des corridors de développement, il ne s’agit pas seulement de relier les villes entre elles par des axes de communication plus performants, mais de développer un nouveau type d’espace multipolaire et transnational, articulant entre elles des régions urbaines existantes et des régions émergentes. La construction de ces espaces transnationaux s’inscrit ainsi dans une nouvelle façon de penser les relations centre-périphéries. Les marges, périphériques ou en position intermédiaire dans leurs constructions nationales respectives, ne sont plus de simples périphéries installées dans une relation de dépendance vis-à-vis d’un centre unique, mais des espaces situés à l’interface de plusieurs systèmes et organisations spatiales. Cette situation favorise l’émergence de nouvelles centralités dans ces régions et offre de nouvelles chances à des populations ou à des provinces jusqu’alors marginalisées. Les espaces de marge sont ainsi susceptibles de conquérir une nouvelle autonomie et de se transformer en nouveaux pôles. De même, les villes de second rang et les petites villes disposent, dans le cadre de ces constructions transnationales, de nouvelles possibilités pour s’émanciper des contraintes jusqu’alors imposées par les réseaux urbains nationaux. Le fait nouveau introduit par ces intégrations est de donner de nouvelles fonctions à ces villes dominées et à ces espaces marginalisés, qui leur permettent de participer à de nouvelles centralités à une autre échelle.

Des villes mondiales aux petites villes. Les villes sont les points nodaux de ces corridors, qu’ils soient maritimes ou terrestres. L’impact de la construction d’espaces transnationaux sur l’urbanisation peut être analysé pour différents types de villes et à différentes échelles de l’urbain. Chacun des espaces géographiques possède une organisation propre et une certaine épaisseur. La mondialisation n’a pas signifié la fin de la géographie, la fin des lieux ou mêmes des villes, elle a au contraire renforcé les concepts de territoire, de distance et de proximité. Il s’agira donc d’analyser les modalités selon lesquelles les grandes métropoles et villes mondiales participent à la construction des espaces transnationaux (i.e. le cas atypique de Singapour, Cité-État, sans arrière-pays, qui empiète sur ses voisins ; son rôle moteur et spécifique dans la construction de l’espace transnational du détroit de Malacca). Le rôle et les nouvelles fonctions des villes de second rang acquises dans la construction de ces espaces transnationaux sont particulièrement originaux car elles acquièrent de nouvelles fonctions internationales, en s’affirmant comme les nœuds de réseaux économiques entrelacés et de flux, tant économiques et culturels que démographiques, qui intègrent progressivement les économies comme les structures spatiales (Penang, Medan, San Jose…). Enfin, le développement des petites villes est aussi à analyser, telles celles du corridor pacifique, dont le tracé passe dans la plaine littorale et non plus dans les hautes terres (comme la Panaméricaine). On s’interrogera sur les capacités des petites villes des régions de plantation à bénéficier de cette accessibilité accrue, et sur le devenir des hautes terres indigènes du Guatemala et du Honduras, caractérisées par de fortes densités rurales, une pauvreté accentuée et l’intensité des phénomènes migratoires, et par ailleurs marginalisés par ces nouveaux tracés.

La question des marges frontalières. L’originalité et la spécificité de l’organisation spatiale de ces marges situées dans des espaces transnationaux est d’être le résultat d’une tension permanente entre plusieurs dynamiques spatiales exogènes. Dans ces territoires, où les acteurs locaux éprouvent souvent du ressentiment envers l’État central, l’impulsion donnée par des pouvoirs supra-régionaux leur donne l’occasion de se re-positionner autrement, vis-à-vis de nouveaux interlocuteurs. Dans le cadre de ces logiques planificatrices soutenues par des financements internationaux, les acteurs locaux voient une chance pour les périphéries nationales de rattraper leur retard de développement par le biais de la construction d’infrastructures, de projets de zones franches, par l’impulsion donnée au développement touristique… Aujourd'hui les logiques du Plan Puebla-Panama, de celui du SICA (Système d’Intégration Centraméricain), les aménagements touristiques sur la façade caribéenne, les zones de coopération transfrontalière (ou triangles de croissance) du détroit de Malaka ou des corridors de développement de la région du Grand Mekong, tous concourent à une meilleure interconnexion entre pays et au développement conjoint des régions frontalières.

On peut par conséquent s’intéresser ici aux trajectoires de développement des espaces frontaliers, en considérant l'ensemble des collectivités territoriales ayant compétence aux échelles locales (villes, régions, provinces…). Les acteurs locaux inscrits dans un contexte redéfini par les logiques transnationales constituent en ce sens des objets d’analyse riche pour comprendre l’évolution des sociétés des Suds. Dans le cadre des mouvements de décentralisation, comment les formes locales et régionales de pouvoir se réorganisent-elles pour tenir compte à la fois de ces dynamiques exogènes et de leurs réalités structurelles ? De façon concrète, selon quelles modalités la sphère des acteurs locaux peut mettre en relation les dynamiques économiques devenues supra-régionales avec les composantes démographiques et sociales des territoires locaux, avec les formes d’aménagement développées dans le temps long, des constructions identitaires résultat de formes antérieures de positionnement dans un univers régional donné ? Enfin, hors de la seule dimension économique, il y a là une épaisseur identitaire et historique qui mérite d’être mobilisée pour mieux comprendre la nature des transformations en cours. Il est tout à fait symptomatique de constater, dans nos deux régions d’études, combien, aujourd’hui, c’est à la faveur de l’émergence de tel ou tel projet d’aménagement que sont remobilisées des dimensions identitaires, fondées soit sur l’ancienneté de l’occupation et de la gestion du territoire, soit sur l’ethnicité, soit sur telle ou telle forme d’autonomie relative acquise dans la durée. La perméabilité sans cesse croissante des frontières met à jour des similarités troublantes avec les configurations historiques d’avant l’imposition des concepts d’États-nations et de leurs limites territoriales.

De nouvelles inégalités et mise en compétition des territoires. L’impact sur les territoires, sélectif et inégal, se traduit par de nouvelles inégalités, de nouveaux gradients dont l’évaluation est un objectif majeur. Les recompositions territoriales qui sont à l’œuvre aujourd'hui dans ces espaces transnationaux et le choix qui a été fait d’une mise en réseau des pôles régionaux par le biais de corridors de développement posent par ailleurs une autre question qui est celle de l’apparition de nouvelles zones déprimées, à proximité comme à distance de ces axes, et/ou du renforcement de la marginalisation de certaines zones qui ne seraient toujours pas intégrées (et qui souffrirait dès lors d’une double marginalisation). Si l’on peut postuler que l’émergence de nouvelles centralités dans les régions périphériques offre de nouvelles chances à des régions et des populations jusqu’alors marginalisées, la question se pose avec acuité de la « profondeur » tant spatiale que sociale de ces « opportunités », sachant qu’elles sont accompagnées de phénomènes tout aussi majeurs (migrations, nouvelles politiques foncières) qui viennent également bouleverser les configurations sociales et spatiales préexistantes.

Conception : AGAT